La haie bocagère : s’enfermer pour mieux s’ouvrir…

A quoi sert une haie bocagère aujourd’hui ? On ne peut s’arrêter à une seule définition. A l’origine, une haie avait une fonction d’enclos pour le bétails, mais aussi de réserve de bois de chauffage. De nos jours, la haie fait principalement office de délimitation de parcelle mais peut aussi apporter une touche de couleur au jardin si des espèces florifères la composent. Ces arbustes à fleurs embellissent le paysage et fournissent une nourriture gratuite pour insectes et oiseaux.

 

1- Les fonctions et intérêts de la haie :

elle permet d’atténuer le vent : contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les haies denses qui sont les plus appropriées. La haie doit être perméable. Le vent est atténué par le passage au travers de la haie. Cela évite une zone tourbillonnaire avant et après la haie. Il faut donc une haie mince et composée d’espèces caduques ou marcescentes (dont les feuilles restent fixées aux branches, même sèchent, jusqu’à la pousse des nouvelles) pour lutter contre le vent. En effet, le vent peut être atténué sur une distance de 6 à 15 fois la hauteur de haie.

elle améliore le climat : en été, la haie fournit une ombre appréciable. Le jour elle réfléchit la chaleur. Une partie de cette chaleur est emmagasinée et sera restituée la nuit.

elle lutte contre la pollution, le bruit et l’érosion : en fonction de  la largeur de la haie et des essences à petites feuilles, une partie des produits phytosanitaires sont stoppés. La haie est aussi une zone de stockage du CO² et limite l’évaporation. Grâce aux racines qui retiennent la terre, on limite l’érosion des sols. Plus la haie sera dense et plus le bruit environnant sera atténué.

elle est un véritable réservoir de biodiversité : la haie sert de refuge pour les petits oiseaux et de nombreux insectes. La décomposition des feuilles et du bois donne un humus riche dans lequel proliféreront les bactéries, vers de terre et micro-organismes. On obtient une vraie chaîne alimentaire. La haie abritera un nombre important d’insectes auxiliaires très utiles pour la lutte biologique.

elle attire les pollinisateurs : composée d’essences mellifères, la haie attirera les abeilles et autres pollinisateurs, essentiels pour une meilleure pollinisation au jardin (et donc une meilleure production, et pas seulement de graines).

Bien qu’étant mi-février, on observe les premières fleurs, extrêmement utiles pour nourrir les auxiliaires.

2- Les contraintes techniques :

la distance de plantation : selon le Code Rural, une haie inférieure à 2 mètres de hauteur doit être plantée à plus de 50cm en retrait de la limite de propriété. Pour une haie supérieure à 2 mètres de hauteur, cette distance est portée à plus de 2 mètres en retrait de la limite de propriété.

la taille des arbres composant la haie : il faut aussi veiller à planter des essences de petites tailles lorsqu’il y a présence de ligne téléphonique ou électrique. Et il faut que la visibilité du conducteur ne soit pas réduite en bordure de route. N’oubliez pas d’anticiper la taille à maturité du sujet planté, cela vous évitera de devoir le couper après quelques années.

3- Le type de haie

En fonction des différentes essences (arbres), on obtient 3 types de haies:

-pour une haie haute 15-25 mètres, nous trouverons 3 strates avec des arbres de haut jet, des arbres en cépée et des essences buissonnantes. Rarement plantée car la hauteur de ce type de haie reste une contrainte importante.

Haie haute de bord de route

-pour une haie de taille moyenne 8-15 mètres, on aura des arbres en cépée et des essences buissonnantes.

Haie moyenne typique, mélangeant différent type d’arbres

-pour une haie basse jusqu’à 5 mètres, des essences buissonnantes seront les seules utilisées.

Haie basse en mélange, avec chêne au feuillage marcescent

4- Le type d’essences (arbres) utilisées

La Bonne Graine, nous avons opté pour une haie de taille moyenne. Faisons un petit tour d’horizon des différentes variétées que nous avons choisies et de leurs utilités.

Les arbres buissonnants

-Le Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), grâce à ses fleurs précoces attire les premières abeilles du printemps. Les feuilles prennent une jolie teinte rouge à l’automne et les jeunes rameaux sont aussi de couleur rouge. Le bois de Cornouiller à la particularité de ne pas couler dans l’eau.

-Le Troène commun (Ligustrum vulgare) est très rustique et supporte les tailles répétées.

-Le Prunellier (Prunus spinosa) a une croissance très rapide et il drageonne beaucoup . Il forme rapidement une haie épaisse et difficilement franchissable. C’est une essence qui supporte bien la sécheresse. Ses fruits sont appréciés des oiseaux.

-Le Viorme lantane (Viburnum lantana) est planté autant pour son aspect décoratif que pour ses fruits dont raffolent les oiseaux.

-L’Eglantier (Rosa canina), essence très présente dans les haies de nos régions. C’est une espèce de rosier botanique à fleurs simples. Ses fruits (cynorhodons) peuvent provoquer de légères démangeaisons à cause des poils qui se trouvent à l’intérieur. D’ou le terme de  «gratte-cul» souvent utilisé dans les cours d’écoles. 😉

Les arbres en cépées

-Le Noisetier commun (Corylus avellana) qui forme de petits taillis abritant différentes espèces de petits oiseaux. Il forme des touffes de 10-12 branches pouvant atteindre 3 à 4m de haut. C’est une essence très rustique.

-L’Alisier torminal (Sorbus torminalis) a une croissance très lente. Son bois très dense est encore utilisé aujourd’hui en ébénisterie ou en lutherie.

-Le Charme commun (Carpinus betula) sa croissance est assez lente.

-Le Néflier (Mespilus germanica) petit arbre à port assez étalé, de 5 à 6 m de haut, à tronc et rameaux tortueux et présentant une écorce écailleuse. Ses fruits se récoltent tardivement, fin octobre (après les premières gelées).

La mise en place de la haie au Jardin d’Essai

L’idée d’une haie s’est imposée d’elle-même, dès le début de l’aventure du Jardin d’Essai. En effet, le jardin est exposé aux vents dominants, donc la haie fera office de brise vent. Elle apportera aussi un côté esthétique au jardin grâce à un choix d’espèces variées et sera aussi un hôtel quatre étoiles pour les insectes et oiseaux…. toutes ces petites bêtes que l’on aime voir travailler au jardin. A La Bonne Graine, nous sommes sensible à l’aménagement du territoire et la création d’une haie bocagère s’intègre dans le développement durable.

Nous avions donc devant nous plusieurs mois pour mener à terme ce projet, les arbustes ne devant être plantés qu’à l’automne, saison propice pour une bonne reprise des végétaux.

Ensuite, afin de définir notre besoin en plants ainsi que le choix des espèces adaptées à la région et au climat, nous avons fait appel à la Chambre d’Agriculture du Maine et Loire qui nous a apporté son aide et un soutien technique. Une conseillère spécialisée paysage, nous a orienté pour le choix des végétaux, grâce notamment à l’observation des essences déjà présentes. Elle nous a guidé pour monter un dossier, afin d’obtenir une aide financière à la plantation d’une haie, comme abordé dans un précédent article sur l’agro-foresterie.

Notre projet sur papier, il nous restait plus qu’à attendre la pluie automnale pour enfin voir sortir de terre notre haie !!

L’étape suivante fut la préparation du terrain : débroussaillage, motobineuse… Cela a permis d’enlever racines et mauvaises herbes.

Puis, l’heure venue (c’est-à-dire la deuxième semaine de décembre), nous sommes allés récupérer nos plants en racines nues, de 30 à 60cm de hauteur, fournis par la Chambre d’Agriculture et issus d’une pépinière locale. Nous avions deux types de plants, comme indiqué ci-dessus, des arbres buissonnants (de 1m à 5m adulte) et des arbres en cépées (de 4m à 10m ). Nous avons aussi ajouté des plants de notre gamme, et gardé quelques pieds d’arbustes implantés naturellement. Le jour J, équipé d’une pioche, d’une pelle et d’un sécateur, le travail pouvait démarrer.

Pour une bonne reprise, nous avons légèrement coupé le chevelu racinaire de quelques centimètres. Puis, les plants étaient badigeonnés de pralin (terre + compost + eau = boue épaisse). En adhérant aux racines, le pralin évitera la formation de bulles d’air. Pour une meilleure reprise, veillez à bien tasser la terre à la base des plants.

Les plants sont placés au sol et espacés d’un mètre. Afin d’obtenir une haie homogène, les variétés étaient plantées selon un odre répétitif. A la fin de la plantation, les arbres sont abondamment arrosés. En effet, même si la terre était humide, il est important d’arroser les plants. Cet arrosage complète l’action du pralinage et permet de tasser le sol.

Enfin, nous n’avions plus qu’à mettre du paillage. Sur environ 30 cm d’épaisseur et 80 à 90 cm de largeur, il a été déposé un paillage de coeur de peuplier.

Le paillage assurera un rôle de protection contre les mauvaises herbes. Il garantira aussi une fraîcheur au pied des arbustes tout en faisant des économies d’eau. De taille grossière et au pH neutre, il se décomposera lentement et restera en place plusieurs années tout en favorisant la biodiversité au sol. Au bout de 4 à 5 ans, il sera totalement désagrégé et permettra à la haie, bien installer, de drageonner et de se densifier.

C’est maintenant avec impatience que nous attendons le retour du printemps. Saison qui verra démarrer en végétation les plants de la haie, pour s’allonger de quelques centimètres. Puis, plus que 5 ans à attendre avant de voir réellement le résultat !

Jardiner ou l’art de soigner son impatience… 😀

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