L’art du greffage au jardin

En botanique, le greffage est une méthode de multiplication qui consiste à unir deux végétaux (les greffer), l’un nourrissant l’autre grâce à son système racinaire. Cette technique très ancienne permet notamment d’adapter une plante à un type de sol dans lequel elle ne se serait pas développé de manière autonome.

greffage : vue d'un jeune plant de tomate greffée

Greffe : remontons l’Histoire à la racine…

Les premières traces écrites attestant d’une pratique régulière du greffage au sein d’une communauté humaine remontent aux temps préhistoriques de la civilisation chinoise (-6000 d’après le célèbre botaniste français Lucien Louis Daniel), bien avant que, plus près de nous dans le temps et l’espace, le poète grec Homère n’en mentionne l’usage dans son récit mythologique L’Odyssée (entre -800 de -700), relayé 400 ans plus tard par le philosophe et naturaliste stagirite Aristote.

Cette concordance est-elle le fruit d’une longue transmission culturelle qui, d’Asie vers l’Europe, chemina lentement au gré des contacts politiques et commerciaux établis au Moyen-Orient, à mi-parcours des deux continents ? Ou résulte-telle au contraire d’une évolution plus spontanée des techniques agricoles, commune à l’ensemble des foyers de peuplement où la domestication progressive des végétaux devait nécessairement conduire à l’amélioration de leurs modes de reproduction ?

Si la chronologie des faits ne suffit pas à fixer une origine purement géographique au greffage, un examen approfondi des sources permet toutefois d’en étirer le fil jusqu’à nos jours, ponctué de quelques temps forts : au Ier siècle de notre ère, le développement de l’arboriculture fruitière et de la viticulture en Italie conduit les savants romains de l’époque, Pline l’Ancien et Columelle, à synthétiser l’ensemble des opérations de greffage aptes à accroître les rendements, accélérer la fructification et garantir une valeur gustative propre à chaque variété de pommes, de poires ou de prunes. Les procédés qu’ils prônent seront diffusés, par la voie de l’écrit, à l’ensemble des territoires de l’Empire où leurs préceptes viendront irriguer et compléter les savoir-faire de terrain, hérités de la tradition ancestrale. Au Vème siècle, un autre agronome italien établi dans la campagne napolitaine, promeut un système de greffage «en fente» qui consiste à introduire un greffon à l’intérieur d’une incision pratiquée dans la tige du sujet.

Sous l’Espagne musulmane (Xème-XVème siècle), l’important corpus arabo-andalou, composé d’une volumineuse série de traités sur l’arboriculture, fournit plusieurs exemples de greffes hétérogènes (infra), une pratique ancienne qu’avaient déjà décrite en leurs temps le romain Virgile et le grec Diophane de Nicée (Ier siècle avant JC). Les âges suivants (Renaissance et époque Classique), qui formalisent la science en tant que discipline expérimentale, font la part belle aux grands agronomes royaux, dont la figure de proue française, Olivier de Serres (1539-1619) rapporte dans son « Théâtre d’Agriculture et de Mesnage des Champs » les bienfaits de l’enture à laquelle on recourt alors pour « multiplier les variétés intéressantes d’arbres fruitiers ».
C’est bien plus tard, au XIXème siècle, que l’intérêt économique et sanitaire du greffage se révèle au grand public : les vignes françaises (et plus globalement européennes), attaquées et décimées depuis 1863 par un puceron ravageur importé des Etats-Unis, le phylloxéra, sont peu à peu reconstituées à la faveur d’une opération visant à régénérer les cépages Vitis Vinifera sur un sujet d’origine américaine, naturellement immunisé et résistant à l’agent pathogène.

Dans le secteur horticole, des nombreuses variétés de roses sont obtenues par greffage : c’est un pépiniériste lyonnais, Jean-Baptiste Guillot qui, dès 1867, fut le père de la bien nommée « France », premier « hybride de thé » créé à partir d’un écussonnage effectué sur un collet de semis d’églantier. L’opération consistait à combiner les caractères floraux de rosiers chinois et ceux des espèces méditerranéennes.

Dès la période d’entre-deux-guerre, le Japon a mené des expériences similaires sur les légumes, lesquelles recherches ont notamment conduit ses botanistes à associer, avec succès, la pastèque et la courge. En France, l’essor du greffage appliqué aux Cucurbitacées et Solanacées a accompagné, au cours des années 1960, le développement à grande échelle des cultures maraîchères effectuées sous-serres où la fatigue des sols inhérente à ce type de milieu exigeait un renouvellement des modes reproductifs.

Pourquoi greffer ?

Le greffage apparaît comme une solution capable de répondre à certains des problèmes rencontrés en serriculture, celui que posent notamment les champignons, les bactéries et autres ravageurs de racines dans les sols où l’insuffisance, voire l’absence de rotation d’une année sur l’autre, favorisent leur prolifération et leur agressivité. Au contact des plantes auxquelles ils sont inféodés et dont ils s’accommodent d’autant mieux qu’ils s’en nourrissent pour subsister, ces parasites sont en effet prompts à renforcer leurs attaques avec le temps, pour peu que leurs proies restent en place et ne soient pas renouvelées à chaque cycle.

Dans ce cas de figure, très fréquent en serre où la gamme de légumes cultivés est, de fait, assez réduite, trois parades sont envisageables :

1- la culture hors sol.
2- l’introduction de gènes de résistances aux bio-agresseurs souvent par le biais de variétés hybrides F1 (soit la première génération issue d’un croisement entre deux individus de lignées pures, c’est-à-dire « de variétés pures ».)
3- le greffage d’une variété spécifique (greffon) sur un système racinaire très souvent issu d’une espèce sauvage (porte-greffe).

greffage de jeunes plants potagers : aubergines, tomates, poivrons

Que préconise La Bonne Graine ?

La Bonne Graine commercialise des graines de porte-greffe et fournit avec elles une petite panoplie d’ustensiles indispensables à cette opération : des clips et des pinces. Avec ces produits, La Bonne Graine vous permettra de mettre en œuvre trois techniques :
– hétérogreffe : greffage entre tissus de plante d’espèces ou de variétés différentes (Solanacées avec Cucurbitacées)
– homogreffe : greffage entre tissus de plantes de même espèce ou de même variétés (tomates avec aubergines ou tomates avec poivrons)
– autogreffe : greffage entre tissus provenant de la même plante (tomates avec tomates)

Bien évidemment, la réussite d’un greffage dépend du degré de compatibilité entre le porte-greffe et le greffon: un melon n’est pas conciliable avec un rosier, mais une tomate est à même de se développer sur un plant d’aubergine ou de concombre !

L’objectif initial, purement sanitaire, qui cherche à rendre les végétaux plus résistants aux maladies racinaires, s’est aujourd’hui doublé de considérations plus économiques fondées sur la quête d’un meilleur rendement. Mais celui-ci reste conditionné par la vigueur du pied porteur exploité.
Toutefois, le prix assez élevé des plants greffés provoque, chez certains jardiniers ou pépiniéristes, un effet dissuasif. Pour alléger la charge de l’investissement, tous ont la possibilité de réaliser les greffes par eux-mêmes. Pour une même production, il leur est possible diviser les plants achetés par quatre ou cinq et ainsi compenser le surcoût d’achat de graines de porte-greffes. L’avantage est quasi certain : installé dans des petits jardins ou sur des balcons, un seul plant greffé produira autant en volume que deux ou trois pieds non greffés.

Dans un prochain article, nous vous indiquerons les techniques de greffage que nous avons essayé au Jardin d’Essai.

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