L’abeille, mais pas que : des pollinisateurs par milliards !

Les insectes pollinisateurs interviennent dans le processus reproductif d’au moins 80% des espèces végétales. Et contrairement à une idée répandue, les abeilles ne sont pas les seules à l’œuvre. Loin de là.

En véritables métronomes, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, quels que soient le temps et le lieu, des légions d’hyménoptères et de coléoptères, autocommandées par l’instinct et une méthodologie toute mécanique,  apportent leur pierre au grand édifice de la nature : ces insectes aux noms barbares, bêtes noires de notre imaginaire collectif, sont rien moins que les chevilles ouvrières de la pollinisation, un travail à la chaîne complexe et discret qui préside à la fécondation des plantes et assurent la perpétuation de leur cycle de vie.

Notre culture confère à l’abeille (en photo ci-dessus) le premier rôle dans la mise en musique de ce lent ballet aérien et cosmique qu’un directeur artistique réglerait volontiers sur le tempo du « Vol du Bourdon », le célèbre interlude orchestral de Rimski-Korsakov. Plusieurs raisons à cela : d’abord, la domestication de nombreuses espèces en a fait des « butineuses » aisément observables par l’Homme. L’autre raison tient à l’élaboration du miel, indissociable du labeur des apidés* qui tirent cette substance sucrée du nectar qu’elles vont siphonner à l’intérieur des plantes. Durant cette opération de collecte, vitale pour les abeilles, le pollen, constitué des agents reproducteurs fabriqués par l’organe mâle des végétaux, est transporté de fleurs en fleurs et y féconde leur élément « femelle », le pistil.

Bourdon et abeille, des ouvriers complémentaires

Les espèces domestiquées pour les besoins de l’apiculture ne sont pas les seules à s’adonner à cette gigantesque « danse du ventre ». La nature, et ses réserves inépuisables de petites mains, envoie au charbon ses nuées d’abeilles sauvages (1.000 espèces récensées en France). Celles-ci, contrairement aux Apis Mellifera qui établissent leurs colonies dans les ruches artificielles, ne font pas de miel et présentent, pour les humains, un moindre intérêt économique. Parmi elles, on trouve les abeilles solitaires, elles aussi actrices de la pollinisation, mais travailleuses indépendantes et « asociales », comme leur nom l’indique.

Le bourdon (photo ci-dessous), hyménoptère également, agit tel un auxiliaire : plus gros et puissant, doté d’une densité pileuse supérieure et d’une langue à rallonge (18 mm), il exploite le nectar et le pollen des fleurs que l’abeille est dans l’incapacité physique d’atteindre par ses propres moyens (c’est le cas des Lamiacées et des Fabacées). Seules les femelles présentent un aiguillon, un dard piquant qu’elles dégainent pour se défendre d’éventuels agresseurs.

Dans le même ordre d’insectes, certaines espèces de guêpes, avides de sucres, font également réserve de nectar : les Agaonides vivent en véritable symbiose avec le figuier depuis des dizaines de millions d’années. Et des variétés d’orchidées émettent des signaux olfactifs (à l’instar de l’épipactis hélléborine ), jusqu’à, dans le cas des Ophrys, user des leurres sexuels pour attirer dans leurs inflorescences ces hexapodes à quatre ailes. Toujours dans la famille des hyménoptères, les fourmis assurent la dispersion des graines développées par les plantes dites myrmécochores**. Il n’est pas rare non plus de voir ces « moissonneuses » invétérées cheminer dans le creux des fleurs de courges ou de pivoines afin d’en siffler le précieux breuvage…

Les mouches dans les choux

Plus étonnant encore, les mouches (6 500 espèces en France, selon le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire), répertoriées dans le rang des diptères, réalisent une grande œuvre de pollinisation : les plus communes, la lucilie soyeuse (ou mouche verte, en photo ci-dessous) et la Calliphora vomitaria (mouches bleues) accomplissent, selon une récente étude réalisée par l’Université de Bristol (2015), 85% de l’entomogamie (fertilisation des végétaux par les seuls insectes) et interféreraient dans la reproduction d’une plante maraîchère sur dix, dont le chou, la laitue, l’endive, le poireau, la carotte, l’endive ou l’oignon. Plus globalement, elles furètent, grâce à leurs haltères qui confinent à des stabilisateurs de vol, les petites fleurs snobées par les plus gros pollinisateurs.

Comment omettre de cette liste à la Prévert les papillons – ou lépidoptères –  éminents passeurs de pollen et pilleurs de nectar qu’ils aspirent au moyen de leur longue trompe en spirale ? 5 200 espèces (diurnes ou nocturnes) ont été dénombrées en France par les organismes officiels.

Au total, plus d’un tiers de ce que nous consommons (35%), dépendrait directement de l’action des insectes, indiquent les services de l’Hôtel de Roquelaure : ce chiffre illustre à lui seul la menace que représente la surmortalité des abeilles (29,4% en France lors du seul hiver 2017-2018, très au-dessus du taux de 10%, considéré comme normal, selon le ministère de l’Agriculture).

Le phénomène donne la mesure du danger qui pèse sur les autres pollinisateurs : « On a toutes les raisons de penser que quand l’abeille domestique a des soucis, c’est pire pour les espèces sauvages, car la colonie a un effet protecteur » expliquait récemment Bernard Vaissière, directeur du laboratoire de pollinisation entomophile à l’INRA d’Avignon (source : notre-planete.info).

De bien bonnes raisons pour faire attention à l’ensemble des insectes qui nous entoure, qu’il s’agisse d’abeilles, mais pas que…

 

*Famille d’hyménoptères à laquelle appartiennent les abeilles à miel
**Leurs graines présentent un appendice riche en lipides et protéines qui fait office d’accroche ou de « poignée » pour faciliter leur transport

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