Mildiou : comment le prévenir ?

Pire ennemi de la vigne, des tomates et des pommes de terre, le mildiou se manifeste en surface par l’apparition de taches brunes et de moisissures sur les tissus végétaux et, en sous-sol, par un pourrissement du système racinaire. A ce stade, est-il déjà trop tard pour agir ?

attaque de mildiou sur fruit (tomate)
Quand le mildiou attaque…

Mildiou…la seule évocation du mot, à la consonance et à la signification littérale apparemment inoffensives, dérivées de l’anglais « mildew » qui veut dire « rosée de miel », suffit à faire passer un frisson dans le dos des agriculteurs et maraîchers, et déclencher chez eux d’intenses bouffées de sueurs froides : il faut dire que cette « peste noire », prompts à s’attaquer aux cépages, et aux légumes les plus cultivés, comme la tomate (600 000 tonnes par an en France) et la pomme de terre (6 millions), traine un lourd passif traumatique en Europe : apparu au milieu du XIXème siècle, le pathogène alors inconnu sous nos latitudes avait décimé des récoltes entières de patates en Irlande et provoqué une pénurie de nourriture telle qu’elle dégénéra en famine : une catastrophe alimentaire liée au fait que le célèbre féculent importée un siècle plus tôt d’Amérique par le français Parmentier, faisait à l’époque office d’aliment de base dans les villes et les campagnes.

Aujourd’hui, en dehors des observations et des évaluations des risques compilés, à l’échelle locale, par les bulletins de santé végétale disponibles en ligne sur les sites Internet des Chambres régionales d’Agriculture (CRA) et des Directions régionales de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF), il est difficile de quantifier l’ampleur des dégâts encore occasionnés par ce « pseudo-champignon » dans de nombreuses parcelles françaises,. Traditionnellement, le printemps et l’été sont deux saisons critiques dans la mesure où les cellules des parasites en cause germent et prolifèrent en milieu humide et doux (entre 17 et 20 degrés) : lorsqu’elles font chuter les températures, les pluies orageuses de juillet et août offrent donc des conditions favorables au développement de la maladie. En revanche, les épisodes caniculaires, très chauds et secs, contribuent mécaniquement à stopper son évolution.

infection de mildiou sur pomme de terre
Tâches de mildiou sur une feuille de pomme de terre.

L’agent causal du mildiou se démultiplie en une série d’organismes microscopiques, classés comme oomycètes, à distinguer des champignons proprement dits qui, contrairement à eux, n’ont pas un besoin impérieux d’eau pour survivre et se propager. Les plus connus, Phytophtora infestans et Plasmopara viticola « colonisent » respectivement tomates, pommes de terre et vignes, trois des végétaux les plus menacés par l’épidémie.

Le seuil d’alerte visible de la maladie se caractérise, sur la partie supérieure des jeunes pousses, par l’apparition de zones décolorées, d’aspect jaunâtre, bientôt rejointes,  au revers, par la formation d’un duvet blanc –ou feutrage mycélien. Sur les organes plus développés, le mildiou se reconnaît aux taches brunes qu’il dessine entre les nervures principales de la feuille, généralement à l’extrémité du limbe (en première phase). Ces symptômes, qui ne trompent pas (les néophytes croiront un tort qu’il s’agit d’un signe de déshydratation), présentent la même apparence nécrosée quand ils se manifestent sur d’autres éléments du plant, la tige, les pétioles, les pédoncules et bien-sûr les fruits (raisin ou sarment pour la vigne).

Comment faut-il agir à ce stade de la maladie ?

On l’a dit plus haut, le traitement le plus naturel qui soit reste la météo, chaleur et sécheresse combinées constituant les meilleurs remparts contre la progression du mildiou, à condition de débarrasser préalablement la plante de ses parties infectées : coupez-les à l’aide d’un couteau et d’un sécateur propres, et éloignez ces résidus du pied, afin de ne pas donner prise à une nouvelle contamination : les spores (ou cellules) des oomycètes ont en effet la capacité d’hiverner et de se régénérer d’une année sur l’autre à partir des restes de culture tombés au sol pour attaquer leur « proie » de plus belle dès le retour des saisons clémentes.
Arrachez le pied entier s’il est atteint.
Avant d’en arriver là, de nombreuses mesures préventives sont à prendre :

Semis

Lors du semis l’humidité nécessaire à la pousse des jeunes plants peut favoriser le mildiou, il faudra essayer au mieux d’espacer les plants et aérer pour évacuer le surplus d’humidité. De même à la plantation ou au semis en pleine terre, évitez de planter trop serré pour améliorer la ventilation et cela évitera aussi la transmission de plant à plant. N’hésitez pas, l’année suivante, à faire tourner l’emplacement des cultures si une espèce a été atteinte par le pseudo-champignon, c’est aussi l’objectif de la rotation des cultures.

mildiou sur tomate
Tomates en fin de saison, attaquées par le mildiou.

Arrosage

Cette opération, indispensable en été pour les végétaux les plus hygrophiles, doit être réalisée avec méthode : concentrez le jet sur le pied et gardez, si possible, les feuilles au sec. Cette précaution relève du « bon sens » : on l’a dit, les spores des pseudo-champignons responsables du mildiou se développent sur des surfaces aqueuses. Pour les mêmes rasions, préférez un arrosage matinal plutôt que vespéral pour laisser le temps au feuillage de sécher afin de limiter les forts taux d’humidité nocturnes liés à la baisse des températures. Si possible, mettez les tomates sous abris (film plastique) lorsque la pluviométrie est plus élevée que la normale.

Taille

Les coupes trop importantes sont autant de plaies ouvertes par lesquelles les agents pathogènes ont la possibilité de s’introduire. Limitez provisoirement l’opération aux pousses de petites tailles pour raccourcir le temps de cicatrisation des tissus. Pour vos tomates, pensez à égourmander régulièrement ce qui aérera votre plante et limitera l’humidité.

Attaque de mildiou au potager
Le mildiou peut toucher les plantes entièrement et leurs donner un aspect desséchées.

Quels traitements ?

Là aussi, ils sont surtout préventifs et ont leurs lots de détracteurs. L’un des plus décriés, en raison de son caractère toxique pour les sols, est la fameuse « bouillie bordelaise », une préparation à base de sulfate de cuivre et de chaux vive. Ce produit, pourtant « toléré » en agriculture biologique, prévient certes l’apparition de parasites mais perturbe aussi la symbiose (mycorhize) entre les plantes et certains champignons sains. Sa haute teneur en cuivre (autour de 20% de sa composition) nuit aussi à la faune en contact avec les végétaux et les sols traités : abeilles, oiseaux et vers de terre. Il est donc plutôt conseillé d’en faire un usage raisonnable en modérant les quantités pulvérisées.

Des alternatives à la «bouillie bordelaise » sont apparues ces dernières années, donnant lieu au développement d’une véritable filière industrielle autour de fournisseurs de produits naturels capables de stimuler les défenses immunitaires des plantes sensibles aux maladies cryptogamiques, comme le mildiou : citons, par exemple, les différents purins et autres infusions constitués de plantes reconnues pour leurs propriétés antifongiques, orties, prêles, consoudes, fougères, bardane, tanaisie ou sauge.

A la bouillie bordelaise, certains agriculteurs préfèrent encore l’aspersion de bicarbonate de sodium mélangé à du savon noir (dans une proportion de 5g/litre d’eau), afin de neutraliser l’acidité du milieu et ainsi freiner, voire bloquer la progression du mildiou dès son stade primitif.

Car une fois installé le mildiou est difficile à déloger, les traitements énoncés sont préventifs et non curatifs, ils évitent l’apparition et limite sa prolifération. En soi pas de recette miracle, quoique l’utilisation de variétés très tolérantes ou résistantes comme par exemple certaines pommes de terre, peuvent vraiment faire la différence. Mais avant tout, le respect d’une multitude de pratiques : rotation des cultures, éviter l’humidité, plantation aérée, suppression des plantes infectées, vous permettront de vous prémunir contre le mildiou.

En conclusion, le meilleur moyen de lutter contre cette affection est avant tout d’empêcher son apparition. Les règles d’or à suivre s’inscrivent donc dans un logique de prévention : procéder à un arrosage méthodique, limiter la taille lors des saisons à risque, effectuer une surveillance quotidienne, être en mesure de déceler rapidement la maladie pour agir vite et bien.

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