LE GAZON, voilà pourquoi l’herbe est toujours plus verte ailleurs !

Avec les semences de gazon, nous sortons un peu du potager. En effet, les mélanges pour gazon ne se composent pas de légumes, mais ne sont pas moins intéressants pour autant. C’est pour cela que début octobre 2021, nous sommes allés jeter un coup d’œil à l’entreprise DLF, dans leur station du Maine-et-Loire, pour en savoir un peu plus sur ce type de semences.

DLF
DLF un groupe précurseur dans le gazon

DLF est une coopérative danoise créée en 1911 qui n’a cessé de s’agrandir pour devenir un acteur incontournable de la filière des semences de gazon. À ce jour, la coopérative est leader sur le marché européen et produit 50% des semences du gazon du marché français. L’entreprise produit environ 10 000 tonnes de semences qu’elle vend sur le marché européen, mais aussi à l’international.
Le site, localisé aux Alleuds (49), existe depuis 1987 et est entièrement dédié à la recherche expérimentale sur les semences et les différentes variétés de gazon. 

Les semences pour gazon sont très variées.

Et oui, un beau gazon n’est pas une mince affaire, c’est toute une science !
C’est à cela que s’attelle la station des Alleuds : elle fait des recherches, crée et teste des variétés pour améliorer et produire les gazons de demain. C’est d’ailleurs la station de recherche la plus au Sud de l’hémisphère Nord de la coopérative, ce qui a son importance ! 

La création de nouvelles variétés de gazon est très longue : cela peut prendre jusqu’à 13 années pour l’obtention d’une variété ! L’entreprise a su cerner très vite les défis de demain pour orienter sa recherche.

Pour DLF, l’amélioration des gazons passe par trois grands axes :

  • améliorer l’aspect du gazon (finesse du feuillage, couleurs, densité de pousse …)
  • améliorer la résistance aux stress  (piétinement, sécheresse, maladies, ravageurs)
  • améliorer les rendements pour favoriser la production de semences
Machine utilisée pour reproduire le piétinement sur les gazons. Un passage reproduit environ 30 h de jeu !

La sélection commence par la recherche d’écotypes (sous-espèces de gazon) intéressants. Pour cela, DLF conserve dans différentes banques génétiques des semences provenant du monde entier. Puis, selon le plan de sélection, les met en culture pour déterminer les meilleurs géniteurs pour la future variété.
Approximativement 15 000 écotypes sont observés pour sélectionner seulement 5 parents.

Une fois sélectionnés, les parents sont croisés ensemble à plusieurs reprises pour stabiliser les caractéristiques souhaitées de la nouvelle variété, puis cette dernière est testée en condition réelle pour évaluer son intérêt.

Semis issus d’un croisement pour la création d’une nouvelle variété.

Si la nouvelle variété est validée, elle lui reste à passer le test de DHS (distinction, homogénéité, stabilité) pour confirmer qu’elle est bien une nouvelle variété à part entière et ainsi être inscrite au catalogue Européen ou Français. Une fois cette étape passée, elle pourra être produite et commercialisée. 

Les variétés sont testées en petites parcelles et mises en comparaison.

C’est notamment le cas des nouvelles variétés de ray-grass tétraploïdes qui ont commencé à voir le jour dans les années 90 grâce au travail des sélectionneurs de la station expérimentale des Alleuds. 

Un marché très tendu

En France, le marché des semences de gazon représente 17 000 tonnes en temps normal. Mais avec la pandémie mondiale et la reprise économique, ce marché a augmenté jusqu’à 20 000 tonnes cette année.

En effet, la consommation française de gazon augmente, et cela, pour différentes raisons :

  • Depuis l’interdiction des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics, l’entretien des pelouses nécessite plus de semences, pour refaire les gazons plus souvent ou pour les regarnir. 
  • De plus, la crise de la Covid-19 a fait passer plus de temps dans les jardins et les particuliers en ont profité pour s’occuper de leur gazon.
  • Enfin, le bond de l’immobilier depuis plusieurs années contribue aussi à l’augmentation du marché français et mondial. Les nouveaux propriétaires souhaitent avoir du gazon et en plus grande mesure ce sont les nouveaux aménagements immobiliers qui augmentent les demandes de gazon pour parfaire les surfaces extérieures.

À cette augmentation de consommation s’ajoute des difficultés de production. La production de semences de gazon est plus sensible aux aléas climatiques que les céréales et en plus, elle est moins lucrative. Ce qui, dans le contexte actuel, avec la hausse des cours céréaliers, ne favorise pas l’augmentation des surfaces de production dont le marché du gazon a besoin.

Un article sur le gazon, pourquoi en faire tout un foin ?

Le gazon est bien plus technique que ce que l’on peut penser ! En effet, le gazon n’est pas que de « l’herbe », mais plutôt un mélange précis de variétés de graminées. Et si vous souhaitez un beau gazon, il faut adapter ce mélange à votre sol, les conditions dans lesquelles vous allez le semer et l’utilisation que vous allez en faire.

Un green de golf n’est pas une pelouse coupée très court… loin de là !

Les mélanges à gazons sont principalement composés de deux espèces de graminées : Les ray-grass et les fétuques (rouge et élevée). Mais d’autres espèces peuvent s’y glisser comme : le pâturin, l’agrostide, les micros trèfle/luzerne et même le chiendent !

Pour mieux décrypter les mélanges de gazon, nous vous faisons un petit récapitulatif des différentes espèces utilisées :

Le Ray-grass Anglais, Lolium perenne
C’est l’espèce utilisée en grande quantité dans les mélanges, car elle s’installe rapidement (parfait pour le regarnissage) et a un bon pouvoir de recouvrement, ce qui évite les herbes indésirables. De plus, elle résiste très bien au piétinement et s’accommode à une large palette de sol. Ce qui en fait une espèce phare pour les terrains sportifs, notamment les terrains de foot de L1.

Malheureusement, le ray-grass n’est pas très résistant à la sécheresse et il peut jaunir quand il est stressé. Donc pour les gazons non arrosés, il sera bien souvent mêlé à une autre espèce plus résiliente au sec.

Grâce à l’amélioration des raygrass, on peut remarquer que le feuillage est moins grossier sur les nouvelles variétés (ici à gauche).

La Fétuque rouge, Festuca rubra

Il existe plusieurs fétuques rouges qui ont chacune des caractéristiques différentes : 

La fétuque rouge gazonnante est très appréciée pour sa finesse de feuillage, sa capacité à pousser très dense et sa résistance aux tontes rases. C’est pour cela qu’on la retrouve sur les greens de golf.
La fétuque rouge demi/traçante et traçante ont la capacité grâce à leurs rhizomes de coloniser les espaces vides à leurs alentours, elles sont ainsi généralement utilisées pour les gazons de plaquage. À sa défaveur, la fétuque rouge met longtemps à s’installer et se laisse facilement concurrencer par les autres herbes. Autre désavantage, elle est sensible à certaines maladies.

La fétuque élevée Festuca arundinacea

Graminée peu regardante sur le type de sol et surtout très résistante au stress hydrique que cela soit dans l’humidité extrême ou la sécheresse, elle résiste très bien aussi au piétinement et à l’arrachement. Grâce à ces qualités, la fétuque élevée est très polyvalente. Par contre, elle n’aime pas les tontes rases et sa feuille n’est pas des plus fines donnant un aspect grossier au gazon.

Comparaison de la résistance au stress hydrique entre deux variétés.

Le Pâturin commun Poa trivialis

Il a un feuillage vraiment esthétique, il se comporte très bien en hiver et s’installe rapidement. Il est souvent utilisé en mélange avec le ray-grass pour des zones ombrées et le regarnissage d’hiver. Par contre, il résiste mal à la sécheresse et au piétinement.

L’Agrostide Agrostide sp.

Il existe plusieurs espèces d’agrostides utilisées dans les mélanges de gazon. Toutes sont reconnues pour leur capacité à pousser densément, ce qui, avec leurs feuillages fins, donne réellement un beau rendu. C’est pourquoi elle est toujours utilisée pour les greens de golf, mais en contrepartie nécessite beaucoup d’entretien. 

À toutes ces espèces, on peut rajouter d’autres espèces : fétuque ovine, pâturin des prés, fléole bulbeuse, canche gazonnante… et pas uniquement des graminées, car de plus en plus de végétaux sont sélectionnés pour intégrer les compositions de gazons.

Il existe même des sélections de chiendent, cette adventice redoutée par les jardiniers, qui ont été nanifiés pour réaliser des gazons ! Quelle aubaine me diriez-vous, une « mauvaise herbe » pour un gazon qui pousse tout seul ? Malheureusement, cette herbe a un gros défaut, elle rentre en dormance en hiver et jaunie…

Variété de chiendent sélectionnée pour le gazon.

Une récente innovation et l’utilisation de trèfles et de luzernes qui ont été nanifiés pour être utilisés. Ces espèces de la famille des fabacées ont le gros avantage de fixer l’azote atmosphérique, combinés en mélange à des graminées, elles enrichissent le gazon.

Le gazon est grandement plus technique que nous le pensions !

Nous avions, au Jardin d’Essai, semé les allées entre les carrés potagers, différents mélanges de gazon et il est vrai que l’on remarque des différences dans l’aspect et la résistance au piétinement. Maintenant, grâce à cette visite, nous en savons plus sur ce type de semences.

Dorénavant, il ne tient qu’à vous de faire attention à la composition de votre futur gazon pour qui soit plus vert que chez le voisin !

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