La bourrache en 5 pourquoi

Si, pour certains poètes, « la rose est sans pourquoi », la beauté, le goût et les vertus de la bourrache reposent sur des bases rationnelles et savantes. Le mystère de ses reflets bleus, de sa texture velue, de sa saveur iodée et de son pouvoir aphrodisiaque ont été percés depuis longtemps par la science.

Les fleurs n’appartiennent pas qu’aux romantiques. Et les botanistes n’ont pas tardé à arroser de leur grain de sel éclairé les rimes moroses d’un Ronsard ou la prose sombre d’un Reverdy. La bourrache, moins prédisposée que la rose aux vers, a été très tôt happée par cette règle d’or. Tout, dans la nature, a une cause et des pourquoi. En voici cinq :

Pourquoi la bourrache est-elle bleue ?

C’est la couleur, rare et profonde, de ses fleurs à cinq pétales disposées en étoile qui, dans la nature, rend la bourrache si reconnaissable. Le bleu déployé par cette belle composition résulte d’un processus biochimique assez complexe dans lequel des pigments floraux, assez répandus dans le monde végétal, interviennent : ils s’agit des anthocyanes, également présentes dans la myrtille, la cerise, le raisin et même la pomme de terre !

Très sensibles à la luminosité, à la température mais surtout à l’acidité des cellules qui les abritent, ces colorants naturels épousent, en fonction de leur milieu et des équilibres ambiants , un large spectre de nuances allant du rouge jusqu’au bleu.

Dans le cas de la bourrache, les jeunes pétales arborent – à l’éclosion  – une couleur plutôt rose ou rosâtre, stade auquel leur pigment réagit à l’acidité assez élevée du liquide cellulaire. A mesure que ce pH diminue, les fleurs bleuissent comme par magie (l’inverse est aussi vrai si vous déposez un joli pétale bleu sur un citron) !

Cette qualité fait de la bourrache une excellente plante mellifère : les insectes pollinisateurs sont instinctivement attirés par le bleu et le violet (les abeilles ont une vision trichromatique qui contient des récepteurs sensibles à ces nuances).

Il existe tout de même une nouvelle variété, la bourrache blanche.

Pourquoi la bourrache a-t-elle un goût d’huître ?

PLANTE À HUÎTRE

La bourrache partage avec la Mertensie une saveur iodée qui rappelle, vaguement pour la première, plus nettement pour la seconde, celle de l’huître. Un trait commun logique : les deux plantes appartiennent en effet à la même famille botanique, celle des Boraginacées. Chez la Mertensie, ce goût de fruit de mer s’exhale des feuilles. Pour la bourrache, on le retrouve dans la fleur, son principal élément comestible, dégusté frais ou utilisé comme aromate.

 

Cette étrange analogie avec le mollusque est confondante et a de quoi surprendre les non-initiés : la bourrache ne contient évidemment pas d’iode mais sécrète, comme l’huître, des composés soufrés qui peuvent contribuer à créer l’illusion d’une certaine amertume. C’est d’autant plus frappant que la sensation de fraîcheur distillée par ses pétales, combinée à leur texture douce et légèrement charnue, évoquent à certains égards le corps mou et fondant du fruit de mer.

Tout aussi comestibles que ses fleurs, les feuilles de la bourrache s’en démarquent toutefois par leur saveur, plus proche de celle du concombre que d’un crustacé.

Pourquoi la bourrache est-elle velue ?

La tige et les feuilles de la bourrache sont hérissées de poils assez piquants qui rendent la plante peu caressante et plutôt rugueuse au toucher. Cet effet répulsif heurte la première impression visuelle qu’un néophyte peut avoir devant ce beau manteau d’apparence douce et soyeuse qui darde, en contre-jour, de jolis reflets argentins. La pilosité de la bourrache est l’une des caractéristiques des Boraginacées. D’autres individus de cette famille en sont pourvus : la buglosse, le grémil pourpre bleu, la vipérine commune.

Cette couverture de poils raides, épais et bien dressés à la verticale agit comme un mécanisme de défense naturelle face à l’attaque de certains insectes et herbivores. La bourrache est d’ailleurs régulièrement citée parmi les plantes les plus désertées par les limaces. En revanche, on a vu qu’elle ne faisait pas fuir les pollinisateurs : attirées à la fois par le parfum et la couleur de la plante, les abeilles ne rechignent guère à butiner les végétaux piquetés de poils drus. Au contraire, certains apidés y décèlent un terrain favorable à leur travail de collecte.

Grâce à sa barrière physique, la plante limite également ses interactions avec certains agents pathogènes, comme les champignons et les bactéries.

feuilles de bourrache et ses fleurs

Pourquoi la bourrache fait suer ?

Même si la science ne les a jamais véritablement validées, les propriétés sudorifiques de la bourrache, réelles et supposées, transpirent jusque dans son nom, construit et francisé à partir de l’arabe « abou rach ou  abû’ araq » qui signifie « père de la sueur ». Cet emprunt culturel trahit l’origine méditerranéenne de la plante, sans doute importée du Proche Orient (Syrie) dès l’époque Romaine. La légende dit d’ailleurs que les commandants de légion fournissaient de la bourrache à leurs soldats afin de les euphoriser avant la bataille.

Cette qualité s’explique essentiellement par la présence de nitrates de potassium, concentrés dans ses fleurs et ses feuilles. Ces corps chimiques remplissent une fonction vasodilatatrice qui facilite le relâchement musculaire des artères, capillaires et veines afin d’y augmenter le flux sanguin : elle déclenche ainsi la transpiration. En accélérant l’élimination des toxines, la bourrache contribuerait à purifier le corps, soulager les symptômes de certaines maladies respiratoires et calmer la fièvre. Attention toutefois : la plante contient également des alcaloïdes potentiellement hépatotoxiques lorsqu’ils sont absorbés à très hautes doses.

L’ensemble de ces capacités a conduit l’un de plus grands botanistes de l’Histoire, l’inévitable Carl Linné, à attribuer à la plante le nom scientifique de « borago officinalis » (« bourrache officinale »).

Pourquoi la culture de la bourrache est-elle simple comme bonjour ?

La bourrache est peu exigeante. Elle s’adapte à une multitude de climats, résiste bien au froid comme à la sécheresse estivale, et se cultive dans tous types de sol (toutefois, une terre bien drainée est préférable). Elle se développe avec la même aisance en plein soleil et dans des conditions mi-ombragées.

La bourrache est peu sensible à la plupart des maladies et parasites. Les poils épais dont ses feuilles et ses tiges sont recouvertes la protège de certains ravageurs et réduit la nécessité de traitements pesticides. La bourrache a un rythme de croissance assez rapide : les fleurs et les feuilles peuvent être récoltées deux mois environ après le semis, entre juin et septembre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *